LES LUTTES AUTOCHTONES
À TRAVERS LE MONDE :
ENTREVUE AVEC WIDIA LARIVIÈRE

Par Cathy Wong, 25 juillet 2017

Dix ans après l’adoption de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones de l’ONU, les Autochtones continuent à lutter pour le respect de leurs droits partout dans le monde. Widia Larivière, militante algonquine pour les droits autochtones et co-initiatrice de la branche québécoise du mouvement Idle No More, fait le tour du monde des enjeux actuels qui l’interpellent.

Comme militante pour les droits des peuples autochtones au Canada, tu as tissé des liens avec des groupes autochtones de partout en Amérique. Qu’est-ce qui t'a le plus interpellé lors de ces rencontres?

widia lariviere
La forte présence des femmes à la tête des luttes autochtones et des mouvements militants en Amérique m’a beaucoup impressionnée. En 2015, lors d’un séjour au Guatemala pour participer à une rencontre intercontinentale entre femmes autochtones des Amériques, j’ai été sensibilisée aux conséquences tragiques que subissent les femmes autochtones qui militent.

Par exemple, Berta Càrceres, dirigeante et cofondatrice du Conseil civique d'organisations populaires et indigènes du Honduras, a été assassinée en mars 2016 après avoir protesté contre la construction du barrage d’Agua Zarca. Beatrice Hunter, militante inuk, a été incarcérée après avoir manifesté contre le projet de Muskrat Falls au Canada. Les femmes autochtones, en étant plus souvent à la tête d’actions militantes, sont beaucoup plus à risque d’en vivre les conséquences.

Les autochtones d’Amérique dénoncent la colonisation de leur territoire par les Européens depuis le XVe siècle. Mais existe-t-il des luttes autochtones en Europe aussi?

Pendant plusieurs années, je n’étais pas au courant de l’existence de peuples autochtones en Europe! On associe souvent les Européens aux colons et donc, on oublie qu’il existe aussi des autochtones sur ces territoires. Les Samis sont un de plus grands groupes autochtones en Europe : dans le nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et dans la péninsule de Kola en Russie. Ils se sont battus pour redessiner leur propre mappe territoriale et pour protéger leur culture. Leurs défis m’ont rappelé ceux que nous vivons chez nous au Québec.


On associe souvent les Européens aux colons et donc, on oublie qu’il existe aussi des autochtones sur ces territoires.


À travers des voyages en Tunisie, tu as rencontré plusieurs groupes autochtones en Afrique. Que retiens-tu de ces expériences?

Lors du Forum social mondial en Tunisie, j’ai rencontré des représentants de peuples autochtones berbères qui défendent leurs langues et cultures. Après le Printemps arabe de 2011, les peuples autochtones berbères, notamment les Amazighes, avaient l’espoir que leurs droits soient mieux reconnus. Mais ils ont le sentiment d’avoir été mis de côté.

En 2014, Mélissa Mollen Dupuis (co-initiatrice de Idle No More, mouvement Québec) et moi avons été invitées au Maroc par le Réseau Amazigh pour la citoyenneté. Les organisateurs souhaitaient en apprendre davantage sur la sauvegarde de la langue française comme langue minoritaire au Canada. C’était une révélation pour eux de découvrir qu’au Canada, qu’il y a une soixantaine de langues autochtones, dont onze au Québec, qui sont en péril.

À Rio, en 2016, l'artiste Eduardo Kobra a réalisé 5 portraits d'Autochtones sur les 5 continents dans son oeuvre murale "Somos todos um" ("Nous sommes tous Un"). Les peuples autochtones représentés de gauche à droite : Mursi (Ethiopie), Karen (Thaïlande), Indien Tapajo (Amazonie), Tchoutktche (Sibérie), Huli (Papouasie). 

En Asie, quels sont les enjeux autochtones qui t'interpellent?

En 2004, j’ai été sélectionnée par l’organisation Femmes Autochtones du Québec pour vivre des échanges interculturels avec des peuples semi-nomades de la Mongolie. J’ai découvert tellement de similitudes avec les peuples autochtones d’ici : j’y ai vu des tipis et j’ai vécu dans une yourte, leur technique de tannage de peau du yak ressemblait à celle ici pour le caribou, et plusieurs valeurs étaient similaires, comme celle de respecter les aînés. J’ai été marqué par tous ces liens!

Par ailleurs, une jeune femme autochtone de la Thaïlande est venue échanger avec moi suite à un atelier que j’offrais dans le cadre du Programme international de formation aux droits humains organisé par Équitas. Elle m’a expliqué qu’en Thaïlande, les autochtones représentent environ 1 % de la population et font face à des enjeux de discrimination et d’accès aux services de base. Ces droits sont supposés être inscrits dans la citoyenneté thaï, mais la constitution ne leur reconnaît pas cette citoyenneté.


Il est difficile de dire si la situation est plus avancée au Australie, mais il est intéressant de voir que nos parcours et nos défis sont très similaires.


On compare souvent les autochtones d’Australie et de Nouvelle-Zélande aux enjeux que vivent les autochtones au Canada. Avons-nous raison de les comparer?

Lors du Forum social mondial en Tunisie, j’ai assisté à un atelier donné par deux femmes autochtones d’Australie qui partageaient leurs défis liés aux conséquences de la colonisation. Il est difficile de dire si la situation est vraiment plus avancée là-bas qu’ici, mais il est intéressant de voir que nos parcours et nos défis sont très similaires. Par exemple, le phénomène du « Stolen Generation » en Australie s’apparente beaucoup au phénomène de la « Rafle des années 1960 » ici.

L'Australie est aussi en processus de « réconciliation » avec les peuples autochtones depuis maintenant 25 ans. Comme ici, le mouvement autochtone est très critique. La réconciliation sera-t-elle seulement symbolique ou mènera-t-elle réellement à des mesures concrètes telle la mise en oeuvre de la Déclaration des peuples autochtones?

Pourquoi est-ce important de souligner les 10 ans de la Déclaration des peuples autochtones?

Il m’arrive souvent d’entendre des personnes reprocher à la Déclaration de ne pas être juridiquement contraignante. C’est vrai. Mais il n’en demeure pas moins que ce document représente une source de références à l’international de toutes nos revendications. La Déclaration est le résultat de plusieurs années de luttes des peuples autochtones du monde entier. Aujourd’hui, il est important de le souligner, surtout dans le contexte du 150e du Canada et du 375e de Montréal, dont les célébrations sont critiquées dans le milieu autochtone. On doit profiter de cette occasion pour voir ce qui a été accompli, mais surtout, ce qu’il reste à faire! picto

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